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Le Tabouanant Magaⵣine

Le Tabouanant Magaⵣine

Le journal de ceux et celles qui n'ont pas oublié d'où ils viennent


Témoignage d'un ancien écolier originaire de Tabouanant

Publié par Karim Kherbouche sur 11 Janvier 2009, 19:15pm

Catégories : #Témoignages sur Tabouanant

Je vous propose ce terrible et émouvant récit d’un ancien élève de notre village qui préfère garder l’anonymat car pour lui ces moments difficiles du passé du village ne lui appartiennent pas exclusivement, ils représentent la mémoire de tous ceux qui ont étudié au collège et au primaire d’Ighil Ali à l’époque où les moyens de transport n’existaient pas du tout et où les gens étaient très démunis matériellement mais riches grâce à la solidarité des villageois. Je vous laisse vous remémorer un passé que vous avez peut-être connu. A vous la parole quand vous aurez fini de lire.      

La place du Marché d’Ighil Ali, appelée localement "Ssouq", recouverte de neige. C’était en 1984, j’étais élève à l’école primaire de ce village, situé à douze kilomètre de chez moi. Cette photo est chargée de souvenirs d’enfance pour moi. Si le quartier Tazaiart qui apparaît au fond est resté tel quel, je reconnais la mairie avec sa clôture de l’époque et son petit jardin intérieur. A gauche de la mairie gérée par le Parti unique qui sema la peur au sein de la population, il y avait jadis un jardin où venaient se reposer notamment les vieillards. Maintenant, à cette place, on a fait ériger une grande mosquée…

A  vrai dire, rien n’a changé entre Ighil Ali des années 1960 et celui d’aujourd’hui, excepté peut-être les trois grandes bâtisses que le pouvoir a bien pris soin d’y construire : le siège de la Daira (Circonscription) (une véritable citadelle!), le siège de l’assemblée communale et une mosquée qu’on peut apercevoir de partout. C’est tout. La jeunesse, la vie et tout ça, c’est le dernier des soucis des gouvernants qui ne cherchent qu’à nous imposer leurs culture, religion et dictature.

On peut également apercevoir l’autobus (le trolley comme on l’appelait) et le camion Toyata qui servait de transport de voyageurs, réservé surtout au ramassage scolaire. Le vent et la poussière pénétraient de partout ; voyager à bord de ce véhicule pendant l’hiver n’était pas de tout repos. Pourtant, à l’époque où on nous rabâchait à longueur de journée des discours faisant l’éloge du socialisme (socialisme arabe bien sûr !), le ramassage scolaire était bien payant : pour aller de mon village Tabouanant à l’école, je devais payer 10 dinars (10 dinars c’était de l’argent quand même), sinon je devrais compter sur mes pieds.

Dommage, cette photo ne montre pas ce qu’on appelait le "Bureau-tabac", situé à quelques pas de la mairie, à côté duquel on prenait tous les jours notre déjeuner car il n’y avait pas de cantine scolaire. Nos vêtements fabriqués localement étaient de très mauvaise qualité. Quant à nos chaussures, c’étaient les sandales en caoutchouc l’été et les bottes en caoutchouc l’hiver ! Certains étaient plus économes que les autres: à la fin de l’hiver, ils coupaient leur bottes en caoutchouc pour en faire des chaussures légères pour l’été ! 

Nous étions kabyles et contrairement à nos parents, nous avions déjà pris conscience de notre identité berbère et des brimades que nous subissions de la part des dictateurs qui voulaient faire de nous vaille que vaille des arabes. A Ighil Ali, les dirigeants arabo-baathistes redoublèrent de férocité car c’était le village d’origine de grands écrivains et intellectuels farouches défenseurs de la culture kabyle, tels que JEAN AMROUCHE, MARGUERITE TAOS AMROUCHE, MALEK OUARY, et j’en passe. J’avoue qu’à l’époque, nous ne savions pas que ces Lumières étaient de chez nous. Le pouvoir et ces relais locaux (militants du parti unique, le FLN dont la KASMA est située en face de la mairie sur la photo) faisaient tout pour nous les cacher car les connaître c’est prendre conscience d’un sérieux problème qui dérangent au plus haut point ces fils de p… qui nous "gouvernaient" ! 

Quand je n’ai pas d’argent pour prendre le "camion" que j’ai évoqué ci-dessus, je rentrais chez moi le soir à pieds. Et c’est souvent le cas. Je marchais en chantant des chansons de LOUNES MATOUB qui était (et sera encore et toujours) mon idole et l’idole de la plupart des gens de mon âge et de la Kabylie entière. La voix de MATOUB nous réchauffait le cœur et nous donnait du courage pour vaincre la peur. 

Nous étions victimes de la violence, la violence de nos maîtres à l’école qui tentaient vainement de nous imposer une idéologie et une langue dont ils n’étaient même pas convaincus, la violence de nos parents qui nous préparaient pour vivre sous le régime dictatorial, la violence religieuse, politique….

Mais, le pire pour nous autres enfants kabyles, était de se lever à cinq heures du matin en hiver, parcourir douze kilomètres à pieds, revenir à la maison à la tombée de la nuit, prendre une portion de fromage pourri en guise de déjeuner et tout cela… pour apprendre l’arabe, une langue que nous abhorrions au plus haut point !

Enfin, cette photo me rappelle combien je n’ai pas du tout envie de revivre cette enfance misérable… Une enfance que relate le grand chanteur OULAHLOU dans sa chanson "D achnaf" que j’écoute inlassablement. Je me contente de ces mots car c’est dur de me rappeler ces années de plomb. Je me rends compte aujourd’hui que tout compte fait rien n’a vraiment changé dans ce putain de pays en totale déliquescence !

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massinisssa kherbouche 03/05/2009 17:33

salut karimnrgh je vous souhaite une tres bon continuation sur notres villge et bon courage ta laissez un bon travaile deriere vous .se blog il  crie des sentiment formidable quand on voi ses images de notres villages merci merci merci 10000000.........00000 fois mon grand ami

Dalila 21/03/2009 12:16

Emouvant témoignage, c'est touchant.

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